Paul-Antoine Bohoun Bouabré : vie et mort d’un patriote ivoirien
par La rédaction le 12/01/12 à 3:43

Mort prématurément, Paul-Antoine Bohoun Bouabré restera dans la mémoire collective ivoirienne comme le ministre de l’Economie et des Finances qui a maintenu la barque et réglé les engagements de l’Etat au cœur d’une tourmente politico-militaire inédite. Mais aussi comme un homme politique qui a fait la promotion de ses compatriotes qu’il estimait remplis de potentiel.
Un pur produit de la première génération des enfants de l’indépendance et de la deuxième génération des militants du Front populaire ivoirien (FPI). Né le 9 février 1957 à Saioua, dans le département d’Issia, il est venu à la conscience alors que la Côte d’Ivoire venait d’accéder à la souveraineté sous la houlette de Félix Houphouët-Boigny, le «père de la Nation». C’était le soleil des indépendances et le temps de tous les espoirs. L’époque où, pour renforcer l’intégration nationale, le gouvernement envoyait les lycéens dans des internats loin de leur terroir d’origine pour les «détribaliser». Celui qu’on appelle dans sa jeunesse «Petit Paul» a toute sa vie durant gardé un souvenir attendri de ces années d’éveil, où lui, l’enfant du Centre-Ouest, faisait son cycle secondaire à Bouaké, dans le centre du pays. Avant de rejoindre l’Université nationale de Côte d’Ivoire, où il obtient une maîtrise en Sciences économiques. Puis l’université de Clermont-Ferrand, en France, où il décroche son Diplôme d’études approfondies (DEA) en 1982 puis son doctorat en Economie du développement en 1985.
Comme beaucoup de jeunes Ivoiriens de sa génération, celle d’avant les ajustements structurels et des blocages prolongés des salaires, c’est tout naturellement qu’il rentre au pays et devient assistant, maître-assistant et chargé de cours dans les universités de Cocody et de Bouaké et à l’Ecole nationale d’administration. Chercheur passionné, il est consultant auprès du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de la Banque africaine de développement, il cofonde le Groupe de Recherche en Industrie et Développement d’Abidjan (GERIDA).
Le père du «budget sécurisé» puis du «budget de sauvegarde»
Mais l’appel de la politique est le plus fort, dans un milieu universitaire qui remet en cause le pouvoir absolu du «Vieux» dès le début des années 1980 et qui bouillonne littéralement depuis le retour au multipartisme en 1990. Il se fait connaître dans le sillage de son ami – et «jumeau» – Mamadou Koulibaly, dont il est le directeur de cabinet quand il devient, sous la transition militaire, ministre du Budget puis de l’Economie et des Finances. Au sein du premier gouvernement constitué par Pascal Affi N’Guessan après l’élection du président Laurent Gbagbo, Bohoun est nommé ministre du Commerce et de l’Industrie. Puis, le fils de Saouïa devient grand argentier quand celui d’Azaguié se hisse sur le perchoir.
Pendant son séjour au ministère de l’Economie et des Finances, Paul-Antoine Bohoun Bouabré va de défi en défi. Comment réussir à remplir toutes les obligations de l’Etat après une transition militaire chaotique et sans l’aide des bailleurs de fonds, qui traînent des pieds pour revenir ? Bouabré crée le concept de «budget sécurisé», s’appuyant uniquement sur des ressources internes qui augmentent grâce aux réformes des régies financières de l’Etat, dont les patrons sont recrutés par appel d’offres. Après le déclenchement de la rébellion armée, qui déstructure l’économie et prive le pays de plus de la moitié de son territoire, Bohoun crée le «budget de sauvegarde». Il parvient à payer les salaires et les charges de l’Etat alors que la rébellion et ses alliés étrangers ne donnent pas trois mois au régime Gbagbo pour arriver à la case «banqueroute». Paul-Antoine Bohoun Bouabré quitte le ministère de l’Economie et des Finances en décembre 2005. Charles Konan Banny, le nouveau Premier ministre, fait pression pour. Un grand nombre de dignitaires politiques de la sous-région s’opposent à sa désignation par le président Laurent Gbagbo comme gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), en raison de leur proximité qui les irrite manifestement.
Quand il atterrit au ministère d’Etat, ministère du Plan et du Développement, Bohoun Bouabré ne chôme pas. Il s’investit dans la rédaction du Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP), et investit sa fonction de Gouverneur de la Banque africaine de développement (BAD) pour le compte de la Côte d’Ivoire. En 2009-2010, il est même le président du Conseil des gouverneurs de la BAD. Il organise de main de maître les 45èmes Assemblées de la BAD à Abidjan, et plaide sans relâche pour le retour de l’institution à Abidjan.
Révéler à la Nation des jeunes talents
Au-delà d’un parcours, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, c’était aussi un style. Peu porté sur les effets de manche et les propos à l’emporte-pièce, il se voyait en rassembleur et en détecteur de talents. Il s’est ainsi fait fort de ramener «à la maison FPI» des personnes en rupture de ban comme le journaliste Léonard Guédé Pépé dit «James Cenach», marginalisé pour avoir viré au RDR. «Charles Diby Koffi et Gnamien Konan lui doivent beaucoup», révèle un cadre du monde de la finance. Qui note également que Bohoun a promu de nombreux jeunes au ministère du Plan et du Développement, et recevait avec un intérêt passionné, quand il était à l’étranger, ses jeunes compatriotes qui se distinguaient par leur talent. Bohoun est allé plus loin en créant et en présidant la Fondation des Amis de l’Excellence (AMEX). Qui a, pendant de nombreuses années, regroupé les meilleurs élèves en mathématiques et en littérature des collèges publics (classe de troisième) pour les faire se connaître, améliorer leur niveau, participer aux Olympiades africaines et mondiales de mathématiques et de français, et obtenir des inscriptions dans les meilleures classes préparatoires françaises, en vue d’entrer dans les meilleures écoles d’ingénieurs du monde. S’il a réussi son pari avec les premières générations, déjà sur la voie d’une insertion professionnelle par la «voie royale», il n’aura pas eu le temps de consolider ce qu’il considérait comme un des engagements fondamentaux de sa vie.
Catholique pratiquant, aimant recevoir à sa table aussi bien les grands patrons ivoiriens et les gens de peu, Bohoun Bouabré a également eu son lot de souffrances et de désillusions. Il n’a ainsi jamais cessé de pleurer sa première épouse Catherine, décédée dans un tragique accident de la circulation, avant que son destin s’accélère. Même s’il a trouvé réconfort et joie de vivre avec Léa, épousée en secondes noces, ses cinq enfants et sa petite-fille. Bohoun Bouabré a également été marqué par les amitiés brisées et les trahisons qui ont jalonné son ascension professionnelle. Président élu du Conseil général d’Issia, il a mal vécu les divisions qui ont éclaté entre les cadres du département et qui se sont cristallisées autour de sa personne et de celle de Désiré Tagro. Cité par des articles de presse sans la moindre preuve dans l’affaire de la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, accusé de manière fantaisiste de crimes imaginaires dans le cadre de la guerre post-électorale alors qu’il n’était ni membre du gouvernement, ni en première ligne dans l’appareil de Résistance, il a souffert en silence. Mu par une grande admiration pour le président Laurent Gbagbo, il a sans doute beaucoup souffert du 11 avril 2011 et de son cortège d’humiliations. L’épreuve morale s’est ainsi greffée au calvaire médical. Un calvaire qui est désormais derrière lui. Un patriote ivoirien a expiré en exil, éloigné de la terre qui l’a vu naître par une sadique «justice des vainqueurs». Mais sa vie n’a pas été vaine.
Sa dépouille a quitté Jérusalem pour Tel-Aviv hier et arrive à Abidjan demain vendredi 13 janvier à 18 heures.
Théophile Kouamouo

Numéros du Nouveau Courrier
Gérard
jan 13 2012
Il y a pas d' homme pour toi va et repose en paix………
Celebrating the Life of a Great Economist: Paul-Antoine Bohoun Bouabré « African Heritage
fév 9 2012
[...] January 12, 2012, Paul-Antoine Bohoun Bouabré left us. Who was Paul-Antoine? and why should we [...]
samble j s
fév 15 2012
c,est dieu qui donne la vie c,est lui qui la reprend que son nom soit beni repose en paix mon frere